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PAYSAGES DE REVES MYSTIQUES :
L'ART DE BASIL ALKAZZI



« Et alors, quand la lune s’est levée, il y a eu un
silence, et dans cette quiétude il m’a semblé dire une
prière, exprimer un vœu, un espoir, un rêve, et comme
je regardais vers le ciel et je faisais face à cette
luminosité qui brillait au-dessus de moi, dans ce
moment même, une luciole frôla délicatement de ses
ailes  mon sourcil, comme pour m’apaiser, me
caresser, pour m’oindre, pour me bénir… » 1


Basil Alkazzi est une rareté dans la scène
contemporaine, un peintre dont l’imagerie induit des
réactions qui vont au-delà des tendances de la mode
d’empâtement grenu et de contenu minime. Bien
qu’étant socialement  sélectif et réservé, il a voyagé la
plus grande partie de sa vie un petit peu comme ses
ancêtres nomades.


Au printemps 1976, il a eu sa première exposition en
tant qu’artiste unique aux « Drian Galleries » à Londres
où il a présenté une collection de peintures à l’huile et
de dessins à l’encre de couleur qui revêtaient une
identité hautement convaincante. Des intérieurs et des
paysages incorporaient une structure formelle et des
modèles intriqués. Des humeurs de couleurs invasives
déclenchaient des répétitions et des renversements de
motifs. Des œuvres composées sur des fonds de bleus
et de verts vibrants traçaient leurs perspectives vers
l’infini à travers des arches aux proportions sereines,
souvent dans une nef centrale bleue, ses globes
suspendus dans un espace azuré. Irrévocablement
engagé dans son art en tant que fonction de son
existence, Basil Alkazzi conserve la trace de ses
pensées et de ses idées ;  certaines de ces notes
épigrammatiques que je cite ici. A part le fait de donner
une orientation vers des spéculations philosophiques,
ses mots écrits suggèrent souvent des titres pour ses
tableaux. Bien qu’ils capturent rarement avec précision
l’imagerie des images, ils reflètent cependant sa
conscience des présences mystiques de la vie. Sensible
d’une part à l’apparition de phénomènes naturels – des
aubes, des orages, des marées calmes, des arcs-en-ciel
– il semble d’autre part ressentir des événements
imminents attribuables à un lointain passé, ce qui
ressort dans des titres comme « Transmutation in
Time » [ Transmutations dans le temps ], « A Dream
Moment Awaiting The Moment », [ Un moment de
rêve en attendant le moment ], et « Another Moment,
Another Time, Another Season », [Un autre moment,
Un autre temps, Une autre saison].


Pendant les années 70, un élément caché de mysticisme
investi dans les peintures est devenu fortement apparent
dans l’exposition de 1977. Un extrait de son journal de
1976 dit :


« Etre né, comme on est né, au milieu de l’océan, sur
la crête des vagues, dans les entrailles de la nuit,
après minuit, pour dériver, embrassé par la lueur de
la lune, vers une rive, un port distant et inconnu ;
dériver, puis être embrassé par le soleil ; et la mer, et
les vagues sont toujours là, et toujours pas de signe de
la terre ferme, à part la profondeur du fond de 
l’océan. Comment  l’âme pourrait ne pas embrasser et
enlacer, comme la mer le fait, autant de rives si
différentes ? Est-ce que les eaux qui ont enlacé notre
naissance, enlacent maintenant  et dérivent vers des
rives de leur choix, de leur amour, et donc de mon
amour ? »  2


Pendant cette phase, Basil Alkazzi a créé une riche
série de paraboles presque abstraites où des
personnages sont formalisés par des formes
interconnectées de tête, de torse et de jambes habillés
par des pièces de vêtements vertes et bleues. Dans
l’ensemble, le dessin est géométrique avec ici et là des
ruptures de rythmes dûes à des passages arbitraires
mettant en relief plutôt qu’atténuant l’unité totale. Dans
d’autres œuvres, les personnages sont réduits à neuf ou
trois avec des tailles différentes selon des chemins de
parallèles, des champs croisés vers un horizon
suspendu par des lunes comme des lanternes magiques
au-dessous d’une voûte, soulevées vers le ciel.


A partir de la fin des années 70, ces constructions
hiératiques conçues comme des formes abstraites
semblent revenir à un cadre plus temporel. Les formes
architecturales avec leurs fenêtres vides et leurs portes
ouvertes acquièrent une nouvelle signification imbue de
mystère et d'intention métaphysique.


« Des maisons sont construites sur l’ombre d’autres
maisons, où leurs formes préalables coexistent avec
leurs formes présentes. Une vie passée coexiste avec la
vie présente, tout comme l'enfance coexiste avec l'âge
adulte. Un moment passé vit dans la mémoire à
l’intérieur d’un moment présent. »3


Au début des années 80, après un interlude consacré au
thème des amoureux beaucoup plus proche des masses
sculpturales, terrestres et symboliques, il a repris sa
quête vers la résolution matérielle de la compulsion
subliminale intérieure. Il écrit ainsi :


« Il y a des fois, certains moments, où j’ai le sentiment
que cette certaine fois, ce certain moment, est le
résultat d’une promesse faite il y a très, très
longtemps. Il y a toujours ce sentiment de grande
inévitabilité. Et s’il existe quelque chose comme un
modèle pré-ordonné, des promesses pré-ordonnées, et
il y a beaucoup, beaucoup de fois où je ne suis pas sûr
qu’il n’y en ait pas, alors ces certaines fois , ces
certains moments, j’accepte ces promesses données il
y a très, très longtemps, avec émerveillement…..Un
moment arrive et puis il y en a un autre, un rêve
arrive et puis il y en a un autre, un amour arrive et
puis il y en a un autre ; mais ce moment, ce rêve, cet
amour, ayant pris racine, continue de vivre sous
forme de fossile, d’essence même, de sentiment, dans
l’esprit, dans la mémoire. »4


Cette sensation s’expérimente en regardant certains
tableaux, vivant par le drame suspendu, où la
perspective s’ouvre sur un plan terrestre vide et où, sur 
les bords, des personnages humains et des oiseaux sous 
forme d’ombre se tiennent immobiles. Dans certains de
ces tableaux, les bâtiments blancs ressemblent à des
tombeaux ; des portes ouvertes encadrent des points de
vue de paysages presque surréels dans leur contraste
entre l’espace intérieur et extérieur.


Odilon Redon, artiste symboliste français, a 
écrit : « Tout peut arriver en art si l’on laisse émerger
l’inconscient ». Il ne fait aucun doute que c’est cette 
mémoire universelle héritée de l’humanité qui répond
aux allusions ataviques dans les tableaux de Basil
Alkazzi plutôt que de reprendre des mouvements et
performances de prédécesseurs dans l’histoire de l’art
récente. Ses tableaux représentent la matérialisation de
poèmes sous forme visuelle, non-écrite mais fleurant
cependant l’odeur de beaucoup de poèmes dont on se
souvient. Le temps et la croissance sont essentiels pour
motiver son imagerie.


« Rien ne vit pour toujours sur un plan, et rien ne
meurt, il y a seulement un passage d’une forme à
l’autre, d’une sphère à l’autre. »5


Dans ses œuvres récentes depuis 1982, Basil Alkazzi
revient à des variations subtiles différentes du thème
des rencontres d’amoureux, des séparations, des
souvenirs et des espoirs peints par des silhouettes
schématiques de personnages impalpables, des acteurs
immatériels du drame se trouvant dans et à l’extérieur
de formes de maisons isolées, leurs masse blanche
ressortant sur le fond bleu outremer foncé du ciel de nuit.


Une évocation de l’amour, distincte de l’érotique, est
suivie par Basil Alkazzi dans son style personnel plein
d’imagination remplie du suspens de toute relation
humaine intime. Cependant, au-delà de son
interprétation commune, «  les amoureux » ont comme
connotation une relation plus large avec le monde lui-
même. Pour l’artiste, tous les êtres sont des amoureux,
amoureux de Dieu, de la vie elle-même dans ses
myriades d’aspects, aimant la régénération continue de
la Terre, aimant les forces conflictuelles, endurant
l’adversité et la destruction avec amour. Cette
atmosphère subtilement apparente confère un caractère
unique aux tableaux de Basil Alkazzi. Impossible à
catégoriser parmi les idiomes de peinture actuels, son
œuvre symbolise une démarche très spéciale exprimée
dans une synthèse d’hachures graphiques sur  des fonds
de couleur représentant une humeur, portant une aura
romantique surréelle aussi contemporaine dans ses
sentiments d’imagerie cinématique visuelle que les 
mots imprimés. Tout au long, on lit le langage secret
presque ésotérique des symboles, pour l’abri, l’habitat,
le palace ou le tombeau à vénérer, un paradis en
sécurité dans l’immensité bleue de l’espace où, seuls ou
ensemble, se tiennent debout des ombres de personnes
revêtues d’un vague anonymat, qui sont peut-être
connues ou parties ou pas encore rencontrées. Dans le
journal de l’artiste, ses propres spéculations sur la vie et
son interprétation de sa signification traduisent son sens
de ses mystères et ses contradictions. En 1982, il a
écrit :      
« Comme la lune se lève, elle se couche, et se lève à
nouveau ; mais le moment n’est pas le même moment,
la sphère non plus. Et un artiste aussi refoule à
nouveau le même chemin encore et encore , et
quelquefois , le refoule encore une fois….. On ne sait
pas si c’est la dernière fois. Tout ce que l’on sait, c’est
qu’on y reviendra ; mais entre maintenant et ce
moment là, il y aura d’autres nuits éclairées de lune, 
des jours ensoleillés, une éclipse ou deux, et plus
encore. »6





Le « plus encore » dont parle l’artiste est apparu dans
l’œuvre récente de 1987 et plus tard. Là, l’abri et la
solidité de la forme architecturale ont disparu et le plan 
terrestre solitaire est un avant-plan seulement pour le
drame qui donne de l’énergie au ciel au-dessus. Les
amoureux pleins d’ombre sont encore là mais plus 
animés, leur manteau ondoie derrière eux comme ils
traversent la distance médiane et au-delà, ils ne sont
plus simplement des témoins silencieux, souvent ils se
séparent ou sont rejoints par d’autres. Les couleurs
dominantes sont l’indigo et le bleu outremer en toile de
fond, la nuit éternelle où des comètes rayent le ciel en
suivant des trajectoires de satellites et la lune répète ses
phases à la recherche de la luminosité totale.


« …La lune, une image de l’homme, n’a pas de
luminosité propre. Elle reçoit sa luminosité du soleil.
L’homme reçoit la sienne de Dieu, de l’Univers. »7


Dans les séquences reliées, chaque toile projette sa
propre aura de signification inscrutable. Ici, sans date
dans le calendrier, l’avenir jette son ombre aussi 
imprécise que celle du passé non enregistré. Les
expériences personnelles ne portent aucune association 
identifiable. Les images indescriptibles par des mots
sont plus puissantes avec subtilité à cause de leur
suggestion subliminale. Le mysticisme a rarement été
absent de l’œuvre de Basil Alkazzi. Ses peintures n’ont
aucune base rationnelle de création à part leur nécessité
dans l’âme de l’artiste. Depuis quatorze ans environ il
s’est de plus en plus impliqué dans les choses
métaphysiques.


«Cela a été et est une exploration ,une découverte, et
une expression du soi, de tout ce dont il est composé et
de son développement vers un plan plus élevé…….Un
Artiste se révèle, ses pensées, par son œuvre, à lui-
même et pour lui-même, et les autres, peut-être,
découvrent et voient cette auto-découverte, cette auto-
révélation dans la matière. »8


Les tableaux de Basil Alkazzi présentent des aspects
intrigants de sa philosophie dans le cœur de  son
imagination. Les amoureux apparaissent dans presque 
tous ses tableaux. Dans le dernier groupe où
l’atmosphère palpite de mouvement : « And Now It
Comes » [Et maintenant il vient], »See How It Comes »
[ Regarde comme il vient], « The Seal of Love » [Le
sceau de l’amour], on trouve le couple toujours présent
sous forme de silhouettes pleines d’ombre regardant 
l’illumination aveuglante d’un foyer triangulaire, 
symbole central de l’émotion en crescendo. Allégorique 
et rhapsodique dans ses détails, cette composition, avec 
les autres de la série, se compare en effet au point 
culminant spectaculaire unifié d’un opéra ou d’une
symphonie.


« Une perfection de la Spiritualité est recherchée par
l’image du Sceau : l’image du Sceau étant l’image de
la perfection de la Spiritualité. Où le corps spirituel
avec toute la connaissance, l’amour, et la foi sur ce 
plan, vit en totale et parfaite harmonie avec l’entité 
spirituelle des moments intemporels, avec toute la
connaissance, la sagesse, l’amour, et la foi sur ce
plan. »9


Comme je l’ai écrit dans mon introduction au catalogue
de sa première exposition à New York en Janvier
1987 : Parce que Basil Alkazzi ne rentre pas facilement
dans n’importe quelle catégorie facile si populaire
auprès des historiens de l’art moderne, il n’a pas reçu le
respect total qui lui est dû. C’est paradoxalement pour
cette raison autant que toute autre que je le considère
comme ayant une importance majeure. Il ne peut pas
être laissé de coté parce que son message  n’est pas
facilement traduisible en mots.  C’est son pouvoir 
ultime de pouvoir créer une présence en termes visuels
capable de provoquer l’émerveillement et la réflexion à
la fois ; il est l’auteur de son propre phénomène et
comme le font tous les prophètes authentiques, il crée
sa propre catégorie triomphante.

GEORGE S. WHITTET
1989







BASIL ALKAZZI – EXTRAITS DU JOURNAL :

1:1988  2:1976  3:1980  4:1982
5:1983  6:1982  7:1969  8:1984  9:1984




GEORGE SORLEY WHITTET
Le regretté George S. Whittet était l’éditeur de 
« THE STUDIO », le magazine de pointe d’art au
Royaume – Uni pendant la période suivant la 
deuxième guerre mondiale. Ill est resté au poste
d’éditeur jusqu’en 1966. Il a écrit des milliers 
d’articles pour « THE STUDIO », et d’autres 
journaux d’art, ainsi que pour LE MONDE et le
INTERNATIONAL HERALD 
TRIBUNE ,Paris ;LOS ANGELES 
TIMES ;PICTURES ON EXHIBIT , New York ; 
ART & ANTIQUES, CONNOISSEUR, ART
INTERNATIONAL, parmi de nombreux autres. Il a
également apporté sa contribution à la BBC Radio.

Il est né en 1913 et a reçu une éducation en Ecosse, 
et il a servi pour la guerre en Afrique du Nord et en
Italie. Il a voyagé énormément en Europe, aux Etats-
Unis d'Amérique et au Brésil.

Certains de ses livres publiés ont suscité un culte par 
la suite. Les livres qu’il a publiés sont : BOUQUET
[1949] ; LONDON ART CENTER OF THE 
WORLD [1967] ; SCOTLAND EXPLORED 
[1969] ; LOVERS IN ART [1977] ; MYSTIC
DREAMSCAPES-THE ART OF BASIL ALKAZZI
[1988]. Plus d’une centaine de ses essais critiques 
sont inclus dans CONTEMPORARY ARTISTS 
[1977].

Il a été un membre respecté de l’ International
Association of Art Critics pendant plus de cinquante 
ans, et un membre éminent de the Writers Guild of 
Great Britain.

Publié par le Centre de Nouvelle Angleterre pour l’Art 
Contemporain

Henry Riseman, Directeur
Eva J. Pape, Curateur

Copyright c 1988 par le Centre de Nouvelle Angleterre 
pour l’Art Contemporain
Catalogue de la Librarie du Congrès, numéro de carte 
88-62786

« Les Paysages de Rêves Mystiques : L’Art de Basil 
Alkazzi »
par George S. Whittet
Introduction par Henry Riseman
Contemporary Art Center of New England, Brooklyn, 
Conn.

Imprimé aux Etats-Unis
Imprimé par Thorner-Sidney Press Inc., Buffalo, New 
York

Traduit et tapé par : Diane Bourély-Médecin.


MYSTIC DREAMSCAPES: THE ART OF BASIL ALKAZZI
A MUSEUM NECCA PUBLICATION, USA 1988
LIBRARY OF CONGRESS CATALOGUE CARD NO 88-62786
PRINTED BY THORNER-SIDNEY PRESS INC, BUFFALO, NY USA.