BASIL ALKAZZI –
NOUVELLES SAISONS
           .
ŒUVRES RECENTES 1989-1993
Par Max Wykes-Joyce


UNE NOUVELLE SAISON….


Pour quelqu’un qui croit aux signes et aux prodiges,
une croyance que je partage avec l’artiste, le début de
cet essai n’aurait pas pu être plus propice. J’habite dans
la campagne Anglaise, à peu près à cent milles de
Londres, où se trouve le Studio de Basil Alkazzi. 
J’avais passé une bonne partie de la journée dans ce
Studio, discutant de l’œuvre qui est  envisagée ici, avec
le peintre. Un symbole qui est récurrent dans une 
grande partie de son œuvre est le double triangle –le
Sceau de Salomon :  un triangle avec sa base vers le bas
et la pointe se dirigeant vers le ciel, représentant une
métaphore pour l’être physique relié à la terre, mais
aspirant à la perfection, l’autre exactement à l’inverse,
une métaphore pour l’Esprit, sa base dans le ciel, la
pointe vers le bas, nourrissant l’être physique. Avant 
les tableaux dans ce Studio, j’avais dit à Basil Alkazzi
que je n’avais jamais physiquement vu une telle
conjonction.


Dans le train de retour à la campagne, j’ai examiné le 
ciel comme je le fais toujours, ayant acquis cette
habitude  quand j’étais, il y a longtemps, un navigateur
aérien. En approchant d’Oxford, la campagne étalée
tout autour, j’ai vu un phénomène que je n’avais jamais
vu auparavant. Sur l’horizon, dans le crépuscule
croissant et un échafaudage de nuages orageux, un
grand triangle de lumière blanche, sa base 
apparemment sur le sol, pointant vers le ciel ; et juste
superposé aux points opposés, un triangle à l’envers de
la même lumière blanche, s’ouvrant vers le ciel comme
s’il était attiré là haut par un maître géomètre. Pendant
toutes mes années d’observation du ciel, je n’avais
jamais vu une telle formation. Je n’étais pas non plus
seul dans ma surprise. Un autre passager, une jeune
femme, attira l’attention de se mère sur le phénomène.
Quand je suis rentré à la maison, j’ai écrit à Basil pour
lui parler de l’événement. Il était ravi, mais en aucun 
cas surpris.


Les triangles symboliques apparaissent fréquemment
dans les tableaux envisagés ici ; mais avant de les
regarder plus en détail, il faut  dire qu’ils occupent une
place particulière dans l’œuvre de Basil Alkazzi. En
1989, fatigué d’une longue séquence d’expositions, par
ailleurs, très réussies aux Etats–Unis, il a acheté un
nouveau Studio à Londres, haut placé, avec une bonne
lumière du Nord, rien à voir de là haut, à part le 
sommet des arbres, les nuages de passage et les oiseaux
en plein vol. Là, laissé en paix par les délais de ses
expositions, l’approbation ou la désapprobation du
public, ou l’avis d’amis bien pensants, il a produit les
quatre-vingts images qui sont le sujet de cette
monographie. Les tableaux, qui, sans erreurs possibles,
sont la création d’un esprit et d’un œil très individuels 
et d’une main habile, peuvent être considérés au mieux,
à mon avis, comme des rêves ou des visions, des
expressions de la Perfection Spirituelle. Ces 
expressions sont interprétées par l’artiste, de plus en
plus, par une conjonction de richesse de formes  et de
symboles.


Au centre de nombreuses images se trouve ce que je
peux décrire au mieux comme un élément architectural –
une esquisse d’un passage de porte ou d’immeuble 
au-delà duquel on distingue des planètes en 
mouvement, des émanations spirituelles, des âmes et
des amoureux en plein bonheur, l’élément 
« architectural » suggérant moins le bâtiment classique
et solide que l’aplat d’un décor de théâtre. Tel que je le
comprends, l’architectonique n’est rien de plus qu’un
voile pour suggérer le passage du temps, de l’avant à
l’arrière plan de la peinture individuelle.


Dans ce mouvement d’avant en arrière, Basil Alkazzi
offre un parallèle artistique à la célèbre cours dans la
série Delft et le genre d’intérieurs de Pieter de Hooch
(1629-c.1683) où l’artiste conduit le regard de
l’observateur vers l’intérieur, à travers un passage de
porte ou un couloir, en mettant l’accent sur une carte
pendue au mur ou un portrait précoce ; dans la cours ou
le jardin, le long d’un couloir ou par une porte vers un
détail de l’architecture précédente, dans chaque cas,
suggérant  un passage du temps dans une image unique
– un truc dont on peut dire qu’il a été inventé par
Rembrandt et continué par Vermeer. Dans le cas de
Basil Alkazzi, cette projection est, quelquefois, du
présent (avant) vers l’avenir (derrière), dans d’autres
exemples, l’inverse peut être vrai, selon le contexte des
autres composantes.


Parmi ces composantes, trois d’entre elles reviennent
fréquemment – une arche en mouvement de lunes ou de
planètes ;  des esprits ou des âmes s’avançant vers, ou
nageant déjà, dans le bonheur ; et une arche symbolique
en conjonction avec un bloc ancré dans la terre. Bien
entendu, les planètes, dans leur passage à travers
l’espace de l’image, étaient là, à l’origine, pour 
suggérer un mouvement du temps. Mais, elles ont
changé maintenant dans le symbolisme de l’art du
peintre. Il n’y en a plus sept, mais quelquefois
simplement une ou deux, présidant, pour ainsi dire,
l’ensemble de l’image.


Le sentiment émanant de certains de ces tableaux est
celui prononcé par le Philosophe du dix septième
siècle, Thomas Vaughan : « Regarde alors vers le Ciel,
et là où tu vois les Feux Célestes se déplacer autours de
leur Cercles Glorieux, pense également qu’ils se
trouvent aussi ici, au-dessous des Natures Froides
qu’ils observent, et autour desquelles ils se déplacent
incessamment pour les réchauffer ».


Il est extrêmement difficile de décrire par des mots
facilement compréhensibles une expérience
métaphysique ou spirituelle. Tel est le cas pourtant,
d’après ce que je crois, de chacune des images de Basil
Alkazzi, elles ‘illuminent’ les visions spirituelles.
Certains êtres, parmi lesquels j’inclurais l’artiste, sont
plus clairement conscients des présences spirituelles.
Henry Vaughan, poète métaphysique, trouvait qu’il
n’était nullement étrange de commencer un poème sur 
« Le Monde » par l’affirmation : « J’ai vu l’Eternité
l’autre soir comme un grand anneau de lumière pure et
ans fin, aussi calme qu’elle était brillante ».


Je considère que le peintre a moins de difficultés que le
poète pour donner forme à des entités spirituelles. En
effet, comme le mathématicien, il peut créer un monde
de symboles, sans  les sourdes significations du langage
que l’on trouve dans le dictionnaire. D’une façon
générale, Basil Alkazzi crée des esprits plein
d’aspirations et des âmes qui prennent quatre formes,
quelquefois, il y en une seule dans une seule image,
quelquefois il y a une conjonction de deux ou trois de
ces formes. .Il y a ce que  j’appelle le Fil de la Vie, une
entité se déplaçant vers le haut en ondulatoire ; des 
êtres à queue comme des comètes, volant comme des
feux d’artifices géants à travers l’espace de l’image ;
 les êtres qui ont atteint l’apogée du bonheur, qui 
flottent seuls ou en groupes, près du haut de l’espace,
comme des champs de graines mûres sur la tige ; ceux
qui attendent de monter, regroupés près du bas de
l’image, comme des embryons.


La troisième image récurrente dans l’œuvre récente est
une image que l’on peut bien décrire comme un bloc
attaché à la terre ou des blocs conjonctifs avec une
arche montante. Dans un grand tableau (Métamorphose
I-1992), le bloc attaché à la terre est soumis à un 
triangle plein d’aspiration au-dessous de l’arche, alors
qu’un deuxième bloc flotte tout en haut de l’image. La
couleur prédominante de la plupart des œuvres de 1989
jusqu’à la fin  1991 est le bleu, dans l’esthétique de
Basil Alkazzi, la couleur de l’Univers ; bien que le bleu
possède également un autre mérite, comme l’a observé
Henri Matisse dans son traité sur sa Chapelle du 
Rosaire : « Des couleurs simples peuvent agir sur nos
sentiments intérieurs avec d’autant plus de force qu’elle
sont simples. Le bleu, par exemple, accompagné du
miroitement de ses complémentaires, travaille sur nos
sentiments comme le coup brutal et soudain d’un gong
». Cette observation est particulièrement vraie au sujet
des gouaches, la série du Whispering Silence [Silence
Murmurant], plus de quatre fois plus grande que les
tableaux habituels.


A ce moment là, il y a eu un changement de direction
pour s’éloigner de la peinture non-objective, bien que
toujours symbolique, vers le groupe extraordinaire de
figurations sur le thème du Dernier Souper. En
choisissant ce thème, Basil Alkazzi s’est aligné sur une
tradition qui se perpétue dans la peinture Occidentale
depuis le quatorzième Siècle jusqu’à aujourd’hui, de 
Fra Angelico jusqu’à Stanley Spencer. Avec habileté, il
a évité des comparaisons fastidieuses avec les peintures
du passé et avec l’imagerie historique par le portrait des
mains des participants, Jésus de Nazareth et ses
disciples, et la coupe de vin rituelle qui circulait à la
table du Souper.


Vus avec du recul, ils pourraient bien être décrits
comme formant un groupe très étrange, comprenant
parmi eux quatre pêcheurs – deux pacifiques et deux
d’une conviction tellement véhémente qu’ils ont été
surnommés les Fils du Tonnerre ; un charpentier, un
inspecteur des impôts ; un noble ; et un militant détaché
et déçu. Chacun est représenté et révélé dans Le 
Dernier Souper de Basil Alkazzi par rien de plus 
qu’une paire de mains en conjonction avec le gobelet de
vin, lui-même passant à l’histoire médiévale et à
l’histoire rituelle, comme le Saint Graal.


Les couleurs prédominantes de la séquence du Souper
sont les teintes de chair dorée appartenant aux mains et
l’or de la coupe de vin sur un fond bleu nuit et un
premier plan noir comme du jais .C’est peut-être l’or du
Graal qui a conduit l’artiste au début de cette année
1993 à produire plusieurs tableaux métamorphiques.
Presque d’un or jaune monochrome, ils incorporent
certains des éléments antérieurs – les planètes, les
formes ressemblant à des comètes en pleine ascension ;
mais avant eux,  les sentiments produits par leur
présence sont différents. Je les soupçonne d’être un
nouveau commencement.                    

C’est le don de l’artiste, un des plus rares, de nous
rendre capables de voir vraiment ce que nous 
regardons. Basil Alkazzi possède ce don, encore plus
dans les récents tableaux qui annoncent une nouvelle
phase dans son évolution.

MAX WYKES-JOYCE Printemps 1993




…A L’INTERIEUR DES REVES


Une balle est lancée, et la forme ronde roule à travers le
champs vert et doré. Une fois que la balle  est en
mouvement, elle roule. Une fois que la balle est mise en
mouvement, au bout d’un moment, par l’esprit humain,
ou le Destin, il n’y a rien qui puisse l’arrêter, jusqu’à ce
qu’elle ait accompli le voyage prévu pour elle.


Les feuilles mouillées de l’arbre géant chatoient dans la
lumière du soleil couchant comme si elles étaient 
ornées de mille flammes de bougies. Une balle est
lancée, en avant et en arrière, en avant et en arrière. Le
soleil couchant descend encore plus bas, et il est
maintenant masqué par des nuages, et puis soudain
toutes les flammes de bougies semblent avoir été
soufflées, mais comme le vent siffle, et lesnuages
s’éloignent, elles s’allument de nouveau.


C’est un moment de renaissance, et dans la durée d’une
vie, il y a de nombreuses renaissances. On passe d’une
sphère à l’autre, d’une latitude à l’autre.


Une fois de plus j’ai dû plonger à l’intérieur de moi,
comme je le fais de temps en temps , pour savoir ce que
le moi intérieur, l’Ame, cherchait, désirait, nécessitait,
pour savoir ce qui lui manquait et comment les besoins
du moi intérieur pouvaient être satisfaits.


On ne peut pas toujours voir une flamme à l’intérieur
d’une autre flamme, une lumière à l’intérieur d’une
autre lumière. La lumière générale doit être plus 
tamisée, plus sombre avant de pouvoir apercevoir cette
toute petite flamme vaciller…


Il fallait une fois de plus que je prenne la responsabilité
de mes pensées. Elles devaient être passées au tamis,
nettoyées des débris qui avaient été projetés là, ou bien
on avait son moi placé là.  J’avais suivi des modèles,
marché le long de voies qui ne me plaisaient pas, et je
voulais m’en aller. Dans le processus du nettoyage, on
regardait les valeurs, et les valeurs de ceux avec qui on
était associé. Dans le processus du tamisage, on suivait
le rituel qui consistait à les effacer des voies de notre
vie.


1988 a été une année douloureuse mais révélatrice. On
s’est rendu compte de la laide corruption de ceux qui
prétendent travailler pour moi et promouvoir mon
œuvre, un outil qu’ils utilisent pour se promouvoir eux-
mêmes. Le caractère vindicatif vicieux de ceux dont on
s’est écarté était pathétique à voir. La loi du Karma 
étant ce qu’elle est, on ne peut pas changer quelqu’un,
ils ont reçu leur juste récompense. Pour chaque son, il y
a un écho.  Pour chaque mauvaise action, il y a un
ricochet, une rétribution.


Des modèles fixes sont tatoués sur nos paumes.
Cependant, rien ne vit pour toujours sur cette planète, et
rien ne meurt, il y a seulement un passage, d’une forme
à une autre, d’une sphère à l’autre. Les modèles 
peuvent être déformés, les tatouages peuvent être
cicatrisés, ou mutilés.


Je n’allais pas construire mon corps sur les cendres de
mon Ame.


L’Ame confinée dans le corps cherche le soulagement
et l’harmonie pour le corps lui-même, de façon à ce que
l’Ame puisse aller plus haut.


L’Hiver 1988 et le Printemps suivant à New York sont
devenus des tournants à plusieurs niveaux.
Reconnaissant mon propre moi, et ma créativité, j’ai
retrouvé l’accès à ces deux éléments, rejetant les
nombreux éléments supplémentaires, afin de poursuivre
sans les éléments extérieurs tels que les expositions, si
l’on pouvait s’en passer, et clairement, j’ai eu la grande
chance de pouvoir m’en passer ; ainsi, j’ai concentré
mon énergie sur des aspects purement créatifs. On
regarde dans des pièces que l’on a déjà regardées, des
pièces de corps et d’âmes. On regarde des pièces qui
vous séduisent, bien qu’on ait déjà regardé dans ces
pièces auparavant, recherchant la chaleur, recherchant le
confort, recherchant le succès, et la renommée. On
rentre et on sort. Ce n’est qu’en en ressortant, après y
être entré, que l’on réalise que c’étaient des pièces
froides et vides et stériles.


Brusquement, je me retrouve sans passé, j’avais
seulement un présent et un futur. Le passé n’est rien de
plus que des souvenirs. On ne peut pas passer de
souvenirs passés vers le futur. Le futur, c’est les
espoirs, les aspirations et les rêves.


Dans une durée de vie, il y a de nombreuses morts, et
dans une mort, il y a une renaissance dans une sphère
physique, émotionnelle, psychique, spirituelle,
matérielle, et artistique.


M’étant libéré, j’ai permis à l’inconscient de surnager,
en cajolant le conscient le plus élevé pour qu’il émerge,
ce qui est alors devenu fondamental et singulier 
puisque cela se manifestait à partir d’une entité
individuelle, mais Universelle parce que  le thème qui 
est l’Ame est ainsi, et on pourrait alors l’appeler une
étreinte Spirituelle. J’ai été emporté, l’esprit a été
emporté, la force de l’Esprit a été emportée dans un
royaume qui est évidemment l’au-delà, avec ses
nombreuses latitudes. Un espace intérieur faisant miroir
à un espace extérieur ; reflétant l’extérieur à l’intérieur 
de l’Ame d’un corps Terrestre, mais où l’esprit a trouvé
la liberté, s’est échappé, comme dans un rêve, et où les
rêves ne sont plus que des moments de vérité
surprenante.  Ceux-ci étaient des mûrissements raffinés
et profondément vécus qui ont trouvé leur expression
non pas tant dans les mots, mais plutôt dans les images,
transposant les formes translucides et les images,
repérées et expérimentées avec de la peinture sur de la
toile ou du papier.


Une fois arrivé là, je ne pouvais plus me détourner de
ces images de l’oeil de l’esprit d’une telle puissance et
allégorie et profondeur, sans transvaser une partie de ce
souvenir sur de la toile ou du papier. Je ne pouvais pas
non plus, et ne l’ai pas fait, me détourner sans avoir le
sentiment qu’il y avait eu un Eveil Spirituel, et une 
vision de l’être, qui n’était en soi qu’une minuscule
molécule dans l’immensité de l’espace Universel et du
temps avec ses nombreuses latitudes.


Penser, croire et préconiser que la nôtre est la seule
intelligence sur cette planète Terre, dans ce vaste
Univers, est une arrogante vanité. Il y a d’autres 
intelligences, il y a une puissance plus grande que la
nôtre, et c’est à travers elles et cette puissance, que
nous apprenons ce que nous apprenons, confiné comme
nous le sommes dans un corps physique. On est censé
cajoler et enseigner à cette Ame dans le corps, et au
corps lui-même, comment vivre avec ce moi supérieur,
son propre moi supérieur, une conscience supérieure,
que l’on peut voir, et reconnaître, et connaître, et
accepter, mais qui ne peut être touchée et enlacée que
par la puissance de l’Esprit, qui est dans le cerveau, et
dans le cœur, celui qui est dans l’Ame, parce que l’Ame
elle-même est une entité éternelle, qui peut croître. Elle
prend des formes différentes de temps en temps ; elle
est obligée de prendre différentes formes de temps en
temps. Un espace-temps autre que linéaire, et linéair 
de temps en temps ; et c’est ce lien, de cette croissance,
que se préoccupe le moi. Autrement, l’Ame devient
difforme. 


Une perfection de la Spiritualité est recherchée par
l’image du Sceau ; l’image du Sceau étant l’image de la
perfection de la Spiritualité. Où le corps de l’esprit avec
toute la connaissance, l’amour, et la foi de ce niveau, 
vit en totale et parfaite harmonie avec l’entité 
Spirituelle, Universelle des moments éternels, avec 
toute la connaissance, la sagesse l’amour et la foi de ce
niveau.


Des molécules de force de vie se cherchent et se
rassemblent en forme d’arche, ouvrant des portes pour
les initiés. On ne s’arrange pas pour arriver à la
créativité, mais on laisse la créativité s’exprimer. La
compulsion « semble » très souvent se répéter, afin de
parfaire l’image dans l’œil de son esprit, sur la surface
de la Terre, ou la toile, et le papier.


Un peintre s’exprime avec des images, tout comme un
écrivain utilise des mots, mais un écrivain ne se voit
jamais demander par la suite de peindre une image pour
mieux exprimer ce qu’il a écrit, pourquoi alors 
demande-t-on à un peintre d’exprimer par des mots ce
qu’il a peint ? Si des mots sont nécessaires pour
exprimer un tableau, soit l’artiste n’a pas réussi à
s’exprimer, soit  le spectateur n’a pas réussi à être
empathique, en ne permettant pas aux images de
pénétrer dans cette région de la pensée et du sentiment
où les mots ne sont plus nécessaires.


Les titres sont utilisés comme des guides, cela et rien de
plus. De même, des noms sont donnés à chaque être,
cela et rien de plus. Chaque être « peint » alors son
image de son soi intérieur, qui ne nécessite aucun mot
pour exprimer cette vision intérieure.


Un artiste avec toutes ses complexités peint pour lui 
même, et pas pour quelqu’un d’autre. Un artiste se 
révèle , ses pensées, à travers son œuvre, à et pour lui-
même , et puis d’autres , peut-être, découvrent et voient
cette auto-découverte, cette auto-révélation sous forme
de matière.


Des formes, des contours, des lignes – le modèle réel
des pierres, fabriqués à partir de mouvement, et donc de
direction, sont utilisés pour conduire l’œil vers l’âme 
du tableau. C’est alors que l’âme de cette image créée
murmure et parle à l’esprit inconscient du créateur et du
spectateur, et c’est ce souvenir perdu que l’on
redécouvre, en soi et pour soi.


En tant qu’artiste, je choisi, comme beaucoup d’autres
avant moi, comme beaucoup d’êtres, de marcher le long
de mon propre chemin, un chemin avec une destination,
un qui maintenant ébloui les perceptions de l’œil de
l’esprit ; les images de cet esprit ne sont pas encore
catégorisées. Mais est-ce qu’elles ont besoin de l’être ?
 Les étiquettes en tant que telles catégorisent, et ce
faisant, confinent, restreignent, lient une force créatrice
tellement pleine d’énergie et de lumière…Une attitude 
et une perspective injustes pour ceux qui sont en dehors
du flot de la créativité.


On construit des maisons sur des tombes et des
cimetières, et des cimetières de champs de bataille, et
des cimetières de forces naturelles. Des villes sur des
villes, où leurs formes préalables coexistent encore 
avec leurs formes actuelles. Une vie passée coexiste
avec la vie présente, tout comme l’enfance coexiste 
avec l’âge adulte. Un  moment du passé vit encore « en
souvenir » dans un moment du présent.


Différents éléments du temps, différentes sphères de
lune, coexistent les uns avec les autres, et peuvent être
aperçus au même moment, dans la mémoire, dans la
pensée, dans les rêves, dans la réalité.


Une idée, une pensée, dérivent sur un plan, et l’esprit
réceptif les attrapent. La bulle de départ est alors
absorbée, tout comme le sable dans un sablier, mais à
cette jonction il est renversé ,et la pensée dans la bulle
dérive à nouveau sur sa propre sphère, pour se faire
attraper par un autre esprit en pleine recherche.


Saisir le moment de la créativité, c’est rechercher la
bulle, et en la trouvant, on trouve alors également ce
moment passé.


Un  reflet a autant de substance que l’original.


On se relie au passé comme on se relie à un souvenir.
Cela et rien de plus, mais à un souvenir dont il faut tirer
la leçon. C’est un moment qui est parti. Ce n’est pas un
moment que l’on a transporté avec soi jusqu’au présent,
mais une cicatrice que l’on peut avoir dans sa chair,
depuis l’enfance .C’est un souvenir qui est parti.


On ne peut pas comparer sa vie, ou ses réalisations avec
celles des autres. Il n’y a jamais de comparaison.
Personne ne peut non plus, dans une profession donnée,
se comparer et entrer en compétition avec l’autre.
Chaque âme, et chaque corps a ses propres limitations
dans des voyages sans limites.


Même un groupe de fleurs sur la même tige, une 
famille, une unité, ne s’épanouissent pas à l’unisson.
Chaque fleur éclos à son tour, dans sa propre orbite, et
dans chaque tige de ce groupe, il y a des fleurs qui
s’épanouissent et il y en a d’autres qui sont mort-nées.
Pour chaque fleur qui éclos, il y a son moment. C’est
ainsi qu’est la Nature. C’est la loi du monde de l’Esprit,
et de la Nature, et donc c’est la même chose pour les
êtres Terrestres.


Mais ceci, ici, est le Monde de l’Esprit. Il n’y a qu’un
grand nombre d’entre nous qui vivons maintenant sous
une forme physique, pour l’évolution et le
développement de l’Ame. Nous sommes revenus sur la
Terre pour vivre dans  le monde de l’Esprit sous une 
forme Terrestre, pour trouver un équilibre, pour trouver
une harmonie, de telle sorte que la personne Terrestre,
appelée l’Humanité, appelée l’Être Humain, après des
milliers d’années, apprendra enfin à vivre, en harmonie
avec elle même, et donc avec les autres personnes
Terrestres. Chaque Ame. Chaque  personne Terrestre.
Alors, j’espère, le miracle aura lieu et pourra prendre
place.


Plus tôt, en 1985 après ma première visite aux Etats-
Unis, je suis tombé amoureux de l’ « Amérique ». Les
Américains peuvent vivre et penser et aspirer à quelque
chose collectivement, comme seuls peuvent en rêver les
individus en dehors de cette démocratie défectueuse.
C’est  le rêve en Amérique qui fait de l’ « Amérique » 
le rêve Utopique.


Aucune nation, et  aucun peuple n’est parfait, et la
beauté de l’Amérique est qu’elle connaît et accepte
\cette imperfection, et lutte, aujourd’hui, comme par le
passé, pour s’élever au dessus d’elle. Individuellement
on essaye d’imiter ce rêve. Je l’ai fait.


Les oiseaux peuvent s’élever et voler, mais l’homme, 
par son corps, est lié à la Terre. Une fois que l’esprit est
libéré, la création et la séparation du haut du triangle,
alors on peut s’élever au-delà des limitations de son
corps. Être libre comme cette merveilleuse, brillante 
Ame ; bleue, dorée, blanche et dériver, flotter,
expérimenter.


On vole comme un cerf-volant, on envoie un rêve.
Comment veut-on qu’un rêve se réalise s’il n’y a pas de
rêve ?


A la fin du Printemps 1989, j’ai avancé comme une 
bébé tortue ; avec la même crainte que la tortue
nouvellement sortie de son œuf, allant vers l’avant, sur 
le sable mouillé, et partant nager , pour la première fois
de sa vie, toute seule. Eclore tout seul, et rester encore
seul, le cœur battant, avançant. Sachant peut-être
instinctivement qu’il y en d’autres aussi qui avancent,
mais avançant quand même tout seul, vers une mer, un
vaste océan inconnu. C’est comme ça que j’ai sauté
 vers cette sphère inconnue.


Chaque être, chaque Ame, a sa propre évolution. On ne
peut pas rendre obligatoire une évolution, ni l’accélérer,
ou la ralentir, pour un autre être, ce n’est pas naturel
pour cet être, pour cette Ame.


Il arrive un moment, chez beaucoup de personnes, où
l’on ressent ce sentiment curieux d’avoir quelque chose
en soi qui désire germer, naître. Mais il faut attendre,
l’esprit doit rester immobile, et attendre que le nouveau
rêve prenne forme.


Un changement de direction n’est pas une défaite, un
changement de direction est également une évolution,
une ascension, et avec chaque changement, on doit 
saisir ce moment.


En suivant cet œil intérieur, cette voie intérieure, en
permettant à l’Ame de se déplacer dans ce nouveau
voyage vers moi, et pour lequel on doit se préparer,
simplement pour être prêt. Et se préparer pour le
moment on l’on est prêt.


Même un arbre apparemment mort, quelquefois,
maintient une branche ou deux qui est  encore en vie.
Quelque chose dans les racines leur permet de vivre, les
oriente vers le ciel et donne de l’ombre.


Des situations de Karma viennent et repartent, 
traversant notre chemin. Quelquefois , on y donne une
substance plus importante qu’elles n’en ont vraiment, et
on essaye d’étendre cette re-visitation, réunion, à ce
niveau, bien plus longtemps que prévu ou que
nécessaire.


Quelquefois il faut aller à un certain endroit, pas pour
ouvrir une porte, mais pour en fermer une qui était 
restée ouverte ou entrouverte.


Nous recherchons le succès « commercial », avec sa
gloire matérielle, mais ce type de succès vous rend plus
solitaire. Ce type de succès ne devrait pas être obtenu à
un certain prix, parce que cela infligerait un coût 
énorme à soi-même et à sa créativité. On ne doit pas
construire un corps sur les cendres d’une Ame.


Le succès, c’est faire ce que l’on doit faire et ce que
l’on veut faire, au mieux de ses capacités, cela et rien 
de plus. C’est écouter les applaudissements à
l’intérieur…


Ce n’est après tout, pas un voyage que l’on fait de ce
monde vers l’autre, ce serait bien trop grandiose, mais
un voyage de l’autre monde vers celui-ci. Un voyage
d’apprentissage, un voyage au cours duquel on donne,
un voyage éducatif,  pour compléter et élargir
l’expérience de la force de vie de l’autre coté, à son
retour. Pour compléter et être en harmonie.

On regarde un oiseau prendre son essor dans le ciel,
avec de profonds regrets, car cela résume l’Ame, libre,
détachée de la Terre, une Ame avant la naissance. Cette
image de l’oiseau en plein essor est un souvenir, de son
Ame, avant la naissance sur la Terre.

C’est un souvenir vers lequel on doit revenir…

BASIL ALKAZZI PRINTEMPS 1993




Traduit par : Diane Bourély-Médecin.


MAX WYKES-JOYCE

Max Wykes-Joyce est l’un des critiques d’art les 
plus éminents de Grande Bretagne. Il est membre de
l’International Association of Art Critics, et a reçu la 
« Golden Award » de l’Accademia Italia delle Arti 
con Medaglia d’òro dont il a été fait membre.

Il a été l’éminent Critique d’Art de Londres pour
l’International Herald Tribune pendant deux 
décennies, de 1967 à 1987.

Par la suite, il a écrit régulièrement pour the Fine
Arts Correspondant,  Antique Dealer & Collection
Guide, et était souvent invité à contribuer à des
journaux et magazines au Japon, en France, en Italie,
et en Espagne. Il est également l’auteur de plusieurs
livres sur l’art.

Il est né dans le Worcestershire en 1924,  et a été
éduqué à Londres à the London School of 
Economics, au Anglo-French Art Center, et au
Goldsmiths College School of Art. Pendant la
deuxième guerre mondiale, il a servi 
courageusement dans la Royal Air Force.

Il habite maintenant dans le Worcestershire et 
travaille actuellement sur un livre.


FULL TEXT COPYRIGHT 1993 by MAX WYKES-JOYCE, BASIL 
ALKAZZI,   and  IZUMI  ART PUBLICATIONS  LTD.    ALL  
IMAGES COPYRIGHT  1993  by  BASIL  ALKAZZI   and   IZUMI  
ART PUBLICATIONS LTD.   ALL  RIGHTS  RESERVED  UNDER
INTERNATIONAL   AND   PAN - AMERICAN   COPYRIGHT 
CONVENTIONS.