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  ECHOS ET RÉSONNANCES : L’ART DE BASIL ALKAZZI
  de Dennis Wepman
iris in the forbidden city
Reflet de l’inlassable élan esthétique qu’elle exprime et de l’incessante 
exploration de la forme, de la technique et du sujet qu’elle impulse, la 
vision artistique de Basil Alkazzi n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. 
Chaque phase de l’œuvre de l’artiste se présente indépendamment, mais 
chacune est nécessairement le fruit du long périple ininterrompu de sa vie, 
et chacune dit l’âme et la pensée de l’artiste, inaltérées mais en constante
 évolution. Certains artistes se font les porte-parole des questions sociales, 
spirituelles ou esthétiques du moment et  s’adressent à leur époque; 
d’autres perpétuent l’esprit du passé et se font les porteurs des thèmes 
éternels en employant les techniques classiques de leurs prédécesseurs. 
Les deux intentions, celles des contemporains et des traditionnels ont leurs 
valeurs et leurs réussites et génèrent des œuvres abouties, et toutes deux 
ont leur place dans le panorama de l’art, mais toutes deux comportent 
aussi, de façon inhérente, des limites créatives et des dangers. Le peintre 
ou le sculpteur qui interpelle son époque de façon trop précise peut être 
comparé au journaliste qui rapporte les nouvelles du jour et dont le travail 
est oublié demain. Et il semble en aller de la forme comme de la substance 
: l’histoire de l’art est jonchée des débris des styles et des sujets à la mode 
du moment, qui, le temps d’une saison, bénéficient de toutes les attentions - 
ainsi que d’une envolée des prix - et disparaissent. D’un autre côté, le 
traditionaliste qui arpente les voies patinées du passé ne surprend personne 
et ne peut jamais aspirer à un statut plus haut que celui de disciple, à l’oeuvre 
« dans l’école de » son maître.
 
Rares sont les artistes qui savent mêler avec succès le style et la substance, 
le passé et le présent pour créer une œuvre qui est réellement intemporelle 
et en même temps conceptuellement de son époque, et qui savent parler 
avec une égale clarté au présent et au futur. Tel est l’artiste Basil Alkazzi, 
dont l’œuvre provocante, à la fois de par ses thèmes et de par son style, 
couvre des siècles et traite de l’universel en des termes authentiquement 
contemporains. Le contenu souvent énigmatique de son art paraîtrait tout 
aussi approprié - et tout aussi stimulant - sur les murs d’un manoir du 
XVIIe siècle que sur ceux d’un appartement du XXIe.
 
La subtilité intellectuelle avec laquelle Basil Alkazzi harmonise le concept 
et la représentation dans ses compositions à la fois riches et complexes, 
se reflète dans une technique picturale où résonnent divers échos de 
l’expressionnisme et de l’impressionnisme, d’un formalisme 
méticuleusement stylisé, d’un minimalisme élégant, et de l’abstraction. 
Son utilisation de la forme humaine,  pour des raisons de communication 
symbolique,  évoque les peintres et les poètes symbolistes français des 
années 1890; les juxtapositions parfois surprenantes rappellent les 
surréalistes français et italiens des années 1920; l’énergie avec laquelle 
s’élèvent ses formes astrales ou aviaires suggère la peinture gestuelle 
américaine des années 1950. Mais au fil de sa longue carrière, des
 nombreuses étapes d’une vision en devenir et d’une exploration inlassable 
et sans fin de la forme, Basil Alkazzi n’a cessé d’organiser méthodiquement 
ses compositions savamment orchestrées avec un égal souci du contenu 
thématique et de la conception visuelle.
 
Aussi impressionnante que soit la gamme des styles et des moyens de 
l’artiste, plus remarquable encore pourtant est l’unité qu’il a conservée 
à sa démarche créatrice, à travers les nombreuses vicissitudes du goût et 
de la mode. Au cours de plus de quatre décades d’un travail magistral, 
il ne s’est jamais départi d’une stricte adhésion à sa propre vision 
esthétique. Quoique souple sur le plan technique et disposant d’un large 
éventail de sujets et de thèmes, Basil Alkazzi, inébranlable, est, de façon 
évidente, resté lui-même, et n’a cessé de donner au monde qu’il voit et 
qu’il vit, des réponses pleines de sensibilité dans nombre de genres. S’il 
a exploré les différents modes dont les artistes ont entrepris d’user pour 
incarner leurs perceptions changeantes de la réalité, c’est, de façon évidente, 
d’un point de vue personnel. Le puissant portrait au crayon de sa mère, 
réalisé en 1961 - qui pourrait d’ailleurs facilement passer pour un Picasso 
de la première période - ainsi que celui de son père, exécuté à l’encre neuf 
ans après, est, comme les quatre sensuelles études de nu de « Desmond », 
datant de 1974,  la preuve d’une maîtrise évidente du trait, digne d’un 
« représentationaliste » de la tendance la plus classique. Mais dès 1960, 
dans sa vingt-deuxième année, il créait déjà des figures semi-abstraites. 
La gouache « Portrait » et les œuvres empreintes de symbolisme chrétien, 
réalisées cette même année, sont d’une originalité stupéfiante dans leur 
conception. Le fragmenté et spectral « Madonna », exécuté dans des tons 
fauvistes, ainsi que son tourmenté « Christ Crucified » font, de manière 
frappante, entrevoir la maturité à venir de l’artiste.
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Les années soixante, dans l’art de Basil Alkazzi,  furent également 
celles d’une période qui se nourrit de la haute antiquité. La progression 
historique de son art, du « primitif » à l’abstrait, allait accomplir une 
boucle et lier curieusement les images premières de notre passé le plus 
ancien à celles des artistes les plus contemporains. Le contenu sémantique 
des motifs anciens nous est largement inconnu - nous ne pouvons 
qu’imaginer les préoccupations spirituelles incarnés dans les ornements 
funéraires, ou les fonctions cérémoniales et conciliatoires des peintures 
rupestres et des monuments funéraires - mais les formes pures de leur 
conception archétypale conservent leur puissance, demeurée intacte au 
fil des âges. Rares sont les sensibilités capables de susciter, sur les plans 
émotionnels et esthétiques, la réponse primordiale à ces formes anciennes 
en les inscrivant dans l’univers visuel de notre propre époque. Dans une 
étonnante série de tableaux  « Crétois » (1963) - « Circus » et 
« Landscape » à l’encre - l’artiste saisit quelque chose de la dynamique 
cachée de ses sources archaïques. Dans une composition stylisée de 
« Worshippers, Square, & Moon », de la même année, Basil Alkazzi 
se concentre davantage sur le dessin et, par la disposition de ses célébrants 
en  forme de silhouettes-bâton, met l’accent sur la composition formelle 
de son œuvre tout en renforçant son propos grâce au titre. 
 
Si, dans les années 1960, certaines des œuvres de Basil Alkazzi, se 
caractérisaient par l’exploration de motifs anciens et de formes stylisées 
de la haute antiquité, peu de ces tableaux néanmoins étaient sans élément 
contemporain. « Figures in Landscape » et « Lovers », deux encres 
audacieusement faux-naïf de 1963, sont, par leurs images suggestives, 
d’une modernité espiègle. Les troublants « Life & Birth of Dead Fœtus » 
et « Nocturnal Landscape », tous deux de 1966, sont d’un surréalisme 
plus noir. En avançant dans la décennie, la vision de l’artiste s’assombrit 
davantage alors qu’il se consacre à une série de paysages nocturnes 
représentant des images de plus en plus dramatiques de naissance et 
de mort. La qualité viscérale de « Pregnant Woman & Bird », de 1966, 
évoque la terreur de la nature primale, « Birth & Life » de 1967 et la 
série « Lovers & Dreams », par leur vifs contrastes d’ombre et de 
lumière, leurs éclairs aveuglants, leur imagerie dépouillée, sont à la 
fois obsédants et perturbants. Les oniriques « Mother & Child » et 
« Bird Fleeing Death », de 1968, le sont plus encore.
 
Les visions premières de Basil Alkazzi ne furent toujours dérangées ou 
dérangeantes. Sa série « Seascape with Fish », de 1973-1974, avec ses 
personnages aux formes soigneusement façonnées, glissant le long d’un 
rivage tout aussi net et symétrique, reflet d’un esprit serein, ont une 
innocence gentille et enfantine, et même les travaux dont on voit 
clairement qu’ils ont été inspirés par des rêves sont paisibles. Sa série 
de collages de 1970 « Landscape of Dreams », en fait, semble non 
seulement sereine mais même, par endroits, joyeuse, bien que l’artiste 
ait ajouté lui-même une note de mélancolie à ces trois pièces. 
« Ce qui est tragique avec les rêves » écrivait-il en 1970, « c’est qu’ils 
sont si solitaires que l’on consulte rarement l’autre personne, de sorte 
que, lorsque le moment vient de l’assembler, comme un puzzle, l’autre 
personne, l’autre pièce ne correspond pas, ne veut pas s’emboîter ou 
ne le peut pas. Peut-être appartiennent-elles à une autre image - au
 rêve de quelqu’un d’autre ».
La forme humaine demeure absente, ou presque, de la plupart des 
œuvres de la fin des années 1970, mais l’esprit humain est présent 
de façon clairement évidente. La nuit dite « Night of Glorification »
 à laquelle se réfèrent deux tableaux de 1976, et « Come, the Night 
of Glory has come », réalisé l’année suivante, ne précisent pas ce 
qui est glorifié, ni par quoi, mais le bénéficiaire de la gloire est 
clairement humain. Et « Birth of Creation », qui date de 1976, est 
exultation. L’amour, réalisé ou espéré, commence à dominer la 
production de l’artiste à partir de cette époque. Il est parfois 
explicite, clairement charnel, tous corps mêlés, comme dans les 
deux « Transmutation of Lovers » ainsi que dans une autre œuvre 
au titre dérangeant « The Lover and the Killer are One » datant de 
1980. Les paysages marins de Basil Alkazzi, dès lors, abandonnent 
leurs poissons et sont tout à fait anthropocentriques. En fait,
 « Seascape with Figures I & II », réalisés en 1981, ne s’occupent 
de presque rien d’autre que des formes humaines; le spectateur ne 
doit qu’à la parole de l’artiste de voir la mer derrière ou au-dessous 
d’eux. Les formes humaines, dans ces tableaux, comme ceux de la 
série « Lover », sont stylisées pour sûr, mais sans équivoque aucune, 
humains, solidement et richement modelés dans des tons chauds et 
charnels, rayonnants sur des plans sombres.
Néanmoins, l’amour, célébré dans les tableaux de Basil Alkazzi, au 
début des années quatre-vingt, n’est pas toujours érotique; 
progressivement, il devient plus spirituel que sensuel. Comme l’a 
noté George S. Whittet, « Pendant les années 1970, quelque chose 
de secret et demystique investit les tableaux […] Au début des 
années 1980, après un intermède où il traite de bien plus près, à
 plusieurs reprises, le thème des amoureux à la manière de masses 
symboliques, terriennes et sculpturales, [Alkazzi] reprit sa quête 
d’une résolution matérielle de la compulsion intérieure subliminale ».
Dans l’huile de 1982 1 « Transmuted Lovers & Flight…I », les amants 
sont toujours visibles, vus de loin et faiblement perceptibles à travers 
l’arche d’un édifice froid et hostile, mais ils ont été transmués bien 
davantage que ceux de « Transmutation of Lovers », de 1980, et, 
dans la nuit noire, la mystérieuse structure qui les entoure les submerge. 
Dans les tableaux pleins de spiritualité de cette même année, 
« Awaiting Birth of Soul », « A Soul, Awaiting the Moment » et 
« O Contented Soul, Return to Thine Abode, Blessed and in Peace », 
ils ont complètement disparu. Les formes humaines, à peine perceptibles 
dans ces toiles, ne sont pas des amants de chair; elles ont été transmuées 
en purs esprits et avancent sereinement sur leur voie éthérée.
 
Bien que l’œuvre de l’artiste évoluât dans les années 1980 vers 
plus de spiritualité et d’abstraction, il ne cessa jamais de s’enraciner 
dans la réalité et dans la forme physique. Ses premières expériences 
dans le domaine du collage, certainement le medium qui offre le 
plus de substance sur une surface plane, ne s’arrêtèrent pas en 1970 
avec les pièces « Landscape of Dreams ». La même année, il explora 
les possibilités du portrait en fragmentant des photographies de Liza 
Minnelli dans une œuvre qu’il titra « Liza Minnelli and Liza Minnelli » 
pour dire son intention de représenter les deux « visages », public 
et anonyme, d’une actrice, et montrer comment ils interagissent et 
s’expriment à l’intérieur d’un cadre, d’un moment de vie et de temps. 
En 1985, alors qu’il était temporairement handicapé par une tendinite 
au bras et qu’il ne pouvait peindre, l’artiste chercha une autre voie pour 
sa créativité et commença à réfléchir à l’idée du photomontage. On 
connaît le photomontage, fait d’images créées en composant des 
éléments issus de sources photographiques différentes, depuis les 
Dadaïstes. Le terme était utilisé depuis 1918, mais le medium était 
demeuré confidentiel jusqu’au jour où, lors d’une exposition à la 
Galerie Emmerich à New York City en 1983, David Hockney présenta 
ses « photocollages », comme il les appelait. Les critiques furent 
mitigées. Stuart Morgan en témoigna dans sa revue Artscribe : 
« Un style décoratif  tue le sujet et réduit toute l’affaire à un exercice 
technique », mais le British Journal of Photography décrivit 
l’évènement comme « unique, la plus importante exposition de
 photos depuis dix ans ».Comme David Hockney, Basil Alkazzi 
a composé ses photomontages à partir de fragments de nombreuses 
photographies du même sujet. Son « Patti Palladin, 3 Ibis & No 
Craw Fish » fut réalisé à partir d’environ cent trois photographies et 
« Ronald Kuchta & Glasses » à partir d’environ soixante. L’artiste
parvint dans les deux à un sens dynamique du mouvement en bougeant 
délibérément l’appareil au moment de déclencher. 
 
Divertissement personnel, sans projet d’exposition, ou bien alors 
comme David Hockney, la publication d’éditions, les photographies 
de Basil Alkazzi représentaient toutes des gens qu’il connaissait, 
certains de vieux amis, d’autres plus récents, mais tous partageant 
une relation personnelle avec l’artiste. Les personnages posent tous, 
immobiles, mais beaucoup accèdent à la qualité du « bougé » 
de l’instantané. Une partie de l’effet cinétique provient de l’usage 
astucieux d’éléments formels à l’intérieur des images elles-mêmes. 
L’effet produit par « Tim Powel and Stripes » et « Ronald Kuchta 
at 11:15 » (1987) résulte de la juxtaposition dysharmonique des 
motifs rayés des chemises des personnages. (L’heure indiquée dans 
le titre de la deuxième œuvre fait référence à la position des aiguilles 
de la montre de Kuchta sur la photographie.) Dans « Ronald Kuchta 
& Glasses », la veste de l’intéressé produit une sorte d’effet de 
patchwork, et de même, c’est la fragmentation de son luxueux vêtement 
qui donne du mouvement aux très élégants portraits d’Eva J. Pape. 
Dans le montage confectionné et intitulé avec humour « Vivienne 
Thaul Wechter & Bruised Toe » (1988), le solennel orteil enflé du 
personnage est ajouté dans un segment isolé, à la façon d’une facétieuse 
note de bas de page. Une petite série de ces pièces fut exposée à 
l’Université de Fordham et publiée sous forme de livre en 1988, mais 
l’artiste ne revendique pas sérieusement les travaux relevant de cette 
technique peu courante. Il se consacre à la photographie, comme il l’a 
déclaré, lorsque sa peinture marque une pause et la considère « comme 
une forme alternative de créativité ». Le statut de cette activité ne le 
préoccupe pas. « Cet art est-il bon ? Mauvais ? Ou est-ce même de 
l’art ? » demande t-il pour la forme. « Franchement, je m’en moque.
 J’aime ça et c’est tout ce qui compte ».2
 
Tout en reportant son besoin de créer sur ce genre à cause de sa 
blessure au coude, Basil Alkazzi ne se tint jamais très loin de l’affaire 
sérieuse de sa vie. Au milieu des années 1980, son art devint moins 
concret, plus profondément visionnaire, son symbolisme parfois 
obscurmais toujours passionnant. Des tableaux aussi mystérieux 
(et de par le titre) que « And still they whisper, still you whisper, 
still they wait » (1986), montrent deux groupes de silhouettes 
stylisées blotties sous l’arche de l’un de ses immeubles hiératiques, 
absorbées en d’insondables conversations. L’élégant équilibre de 
la composition hypnotise, le mystère du contenu intrigue. Tout 
aussi tourmentée, peuplée de silhouettes fantomatiques en 
mouvement sous des corps célestes inconnus de notre astronomie, 
dans une sombre nuit de cobalt et pourpre totalement saturés est,
 l’année suivante, la série de trois tableaux « Transmutations in 
Time ». Dans d’autres tableaux, datant de 1987, apparaît le motif 
récurrent du triangle, un symbole ésotérique ancien que Basil 
Alkazzi utilise dans sont élégant logo personnel et dont il use 
ici avec beaucoup d’effet. Les séries « Wait, look, see how it 
comes, across the Isthmus » et « And now it comes, see how it 
comes, the Seal of Love », multiplient la forme géométrique, 
surimposant les triangles pour former, sous des cieux incandescents, 
envahis d’énormes planètes gravitant à vive allure et, fendant la 
nuit opaque, de longues brillances de lumières, le symbole 
traditionnel hébreux connu sous le nom de « sceau de Salomon ». 
On retrouvera ces motifs dans les années 1990, mais la gamme de 
couleurs s’étoffera. « Transmutations III, IV, V and VI », une série 
de gouaches datant de 1991, affiche le cercle et le triangle familiers, 
immenses et incandescents, dans des tons subtils de pourpre. Dans 
l’épique série de treize gouaches « The Last Supper », aujourd’hui 
au musée d’Art de Santa Barbara,  apparaissent des ombres plus 
profondes, des ors et des bleus, riches, tirant sur le noir.
 
« A cette époque, l’artiste changea de direction et s’éloigna 
du non-objectif, bien qu’ayant toujours recours au symbolique, 
vers l’extraordinaire groupe de figurines sur le thème de « The 
last Supper », écrivit le critique Max Wykes-Joyce, à propos de 
cette série. « En sélectionnant le thème, Basil Alkazzi s’est inscrit 
dans une tradition qui court dans la peinture occidentale depuis 
le XIVe siècle jusqu’à nos jours, de Fra Angelico à Stanley Spencer. 
Avec adresse, par la représentation des mains des convives, Jésus 
de Nazareth et ses disciples, et de la coupe de vin rituelle qui 
circula à la table du souper, il a évité d’ennuyeuses comparaisons 
avec la peinture passée et l’imagerie historique.  Un œil sans 
passion ne verrait en la description de cette très étrange assemblée, 
comprenant entre autres quatre pêcheurs, deux pacifiques et deux 
de conviction si véhémente qu’on les appela les Fils du Tonnerre, 
un charpentier, un collecteur d’impôts, un noble ; et un militant 
mécontent et déçu
 
Dans l’œuvre de Basil Alkazzi, « The last Supper », chacun 
d’eux n’est représenté et révélé que par deux mains conjuguées
 à une coupe de vin qui  parcourt l’histoire médiévale et l’histoire 
religieuse comme le Saint Graal. Les couleurs dominantes de 
la scène du souper sont les tons de chair et d’or des mains et 
l’or de la coupe de vin, sur arrière-plan de ciel bleu nuit et de 
premier plan noir de jais ».3
 
Rêve, mémoire, esprit, amour, temps, tous ces motifs reviennent 
inlassablement dans l’œuvre, infiniment variée en matière de 
composition, d’association, de forme et de couleur, de Basil 
Alkazzi. Tout aussi omniprésent est le thème du cheminement, 
de l’élévation de l’âme, représentée tantôt comme une forme 
ascendante idéalisée, tantôt comme un corps céleste. Dans la 
gouache de 1996, inspirée et inspirante, intitulée « Blossoming 
Moon in Skyscape II », de la collection du Musée d’Art 
Neuberger de l’Université d’Etat de New York (Purchase College),
 l’âme prend l’aspect d’une lune toujours plus grande filant au 
travers du firmament de l’obscurité à la pleine maturité.  L’échelle, 
indispensable à la vastitude du thème, est un élément essentiel de 
l’impact de ce tableau en huit parties, qui mesure environ un mètre 
sur quatre mètres cinquante. « A Fragrance of Dreams III », 
réalisé l’année suivante et qui fait partie maintenant de la collection 
permanente du Dayton Art Institute dans l’Ohio, est d’un symbolisme 
plus affirmé mais porteur d’un message aussi positif. Le tableau 
dépeint une âme solitaire entraînée vers des cimes qu’illumine un 
arc de lunes lumineuses, traversant, rayonnante, des cieux céruléens.
De 1999 à 2000, après un déménagement dans le Sud de la 
France, l’artiste renouvela son mysticisme serein, passant de 
bleus sombres à des jaunes palpitants et des verts vibrants, dans 
des compositions riches et sensuelles. L’abstraction, dans les arts 
plastiques et graphiques, est généralement le genre le plus austère. 
Sans intention d’aucune représentation particulière, dérivant de la 
nature ou de la pure invention, elle ne requiert pas de réponse 
associative, en ce qu’elle regarde l’universel plutôt que le particulier: 
forme débarrassée de la substance. Ce n’est pas tout l’art abstrait 
qui se refuse à contenir le monde physique. Picabia, Arp et Miro 
ont tous peint des images « non objectives » mais biomorphiques, 
évoquant plus ou moins la nature. Dans la série de gouaches de 
Basil Alkazzi, « Rites of Spring », des formes protoplasmiques 
tourbillonnantes et des jaunes brûlants de ses fleurs épurées se 
dégage uneirrésistible énergie émotionnelle.  L’abstraction, en 
épurant ses sujets pour les réduire à l’essentiel de leur forme et 
de leur couleur, peut se proposer de séduire l’esprit pudique de 
l’intellectuel mais personne ne peut regarder les personnages 
incandescents, dans l’œuvre de Basil Alkazzi du début de ce 
siècle, sans prendre conscience des ressources de sensualité 
débordante qui y sont convoquées. L’impact esthétique des fleurs 
resplendissantes dans « The Rites of Spring », des cieux richement 
colorés, animés de planètes, de soleils et de lunes jetés au travers de 
l’espace infini, des formes tourbillonnantes, contrebalançant les 
formes mesurées de la géométrie classique, est  riche et varié. 
Iris At Sunset Iris in the Forbidden City Iris Before the Storm

L’imagerie de Basil Alkazzi est l’expression d’une vision 
personnelle mystérieuse et complexe dont la force magnétique 
nous conduit tantôt vers l’intériorité, tantôt vers l’espace 
infini. Elle s’étend du microcosmique au macrocosmique, du 
statique au dynamique, du protozoaire aux planètes, de 
l’autochtone au céleste. Dans ses « Rites of Spring », il se fait 
aussi riche dans ses allusions et, en même temps, aussi innovant 
que Stravinsky, dont les ballets pourraient bien lui avoir inspiré 
le titre de sa série. Comme le compositeur, c’est un artiste qui 
crée, à partir  d’un cadre d’associations profondément intérieures, 
des toiles luminescentes qui sont toujours la projection d’une 
vision personnelle de la réalité, exprimée dans une iconographie 
exceptionnellement personnelle.
Le critique Donald Kuspit l’a observé : « Basil Alkazzi a découvert 
l’archétype vital de la nature cosmique dans celui de la nature 
ordinaire. Il montre que ce qui nous semble une forme creuse 
contient de l’archétypal. La richesse de la couleur et le dynamisme 
de la ligne font tout pour nous convaincre que ses fleurs chargées
 de force vitale, ainsi que ses objets célestes ont valeur d’archétype - 
pour les faire faire renaître sous formes d’entités spirituelles, et nous
 montre que la vie terrestre est simultanément vie spirituelle, et, en 
tant que telle, un signe de la finalité mystique et du caractère sacré
 du cosmos. Ses fleurs chargées de force vitale gomment l’horizon 
ou la frontière entre les cieux et la terre, et, suggérant que la 
séparation de l’espace terrestre et de l’espace cosmique - 
implicitement matière et esprit - est loin d’être totale, il nous 
montre des objets célestes sur le point d’y éclater. C’est seulement 
en ce sens qu’il est en désaccord avec Emerson, qui a déclaré 
que « la santé de l’œil  semble vouloir un horizon ».4 Basil Alkazzi 
nous montre que l’œil est vraiment sain quand il peut voir au-delà 
de l’horizon, sans que rien ne limite sa conscience ». 5             
Les archétypes que Basil Alkazzi a évoqués tout au long de sa 
vie de travail obéissent à la logique intérieure de l’artiste et sont 
le reflet d’une mythologie personnelle. Enigmatique, provocant,
 parfois dérangeant, il arrive que son langage personnel défie la 
raison et contraigne le spectateur à recevoir l’œuvre à ses propres 
conditions, intellectuelles, spirituelles et esthétiques. Il ne s’abaisse 
jamais au littéral bien qu’il utilise parfois le littéral pour évoquer 
et représenter le divin. Comme Donald Kuspit l’a noté par ailleurs, 
« L’art de Basil Alkazzi […] est un art sacré, spirituel, en ce sens 
qu’il unit des images de géométrie et de vie sacrées. L’abstraction 
est le meilleur moyen d’invoquer le sens du sacré, ne serait-ce que 
parce qu’il élimine les apparences du monde quotidien […] L’extase 
transcendantale est l’ultime sujet de Basil Alkazzi ». 6
La pertinence de son travail, et d’ailleurs de tout art, soulève, 
toujours pour Donald Kuspit, une question fondamentale, qu’il 
formule de la sorte: « Qu’a fait l’art pour l’humanité ? » et de 
répondre aussitôt, avec éloquence: « En posant cette question, je 
suis conscient de ce que la science et la technologie ont fait pour 
l’humanité. Un numéro spécial de Newsweek traite du ‘Pouvoir 
d’Invention’, plus précisément : ‘Comment un feu d’artifice de 
découvertes a-t-elle changé nos vies au cours du XXe siècle ?’ 
Comment l’art du XXe siècle a-t-il changé nos vies pour le 
meilleur ? C’est la question qui, sur le mode subliminal, a nourri 
mon débat sur l’art de Basil Alkazzi, et qui offre une réponse - 
réponse qui le situe dans ce qui pour moi est la plus grande tradition 
de l’art du XXe siècle. Son art, comme celui de Kandinsky et de 
Rothko, perpétue le sens de la spiritualité dans un siècle qui, bien 
que magnifique sur le plan matériel, accuse une faillite sur le plan
 spirituel et s’est montré, sur le plan émotionnel, dévastateur dans 
ses conséquences pour ses contemporains. Comme leur art, celui de 
Basil Alkazzi s’occupe de ce que Kandinsky dans  ‘Du Spirituel 
dans l’Art’ appela ‘ l’étincelle si importante de vie intérieure’  - 
dans le monde moderne ‘ seulement une étincelle’. Elle est implicite
 dans les ‘significations internes’ ou dans les ‘vibrations spirituelles’ 
des couleurs qui semblent avoir une vie propre. Comme l’art subtil 
des couleurs de Kandinsky et Rothko, celui de Basil Alkazzi ‘s’efforce 
d’éveiller les émotions auxquelles à ce jour on n’a pas encore trouvé 
de nom, et qui sont plus subtiles’ que celles qui surviennent au cours 
de la vie de tous les jours, des émotions qui semblent une pétillante 
source de vie intérieure ». 7
On a observé dans la première décennie du XXIe siècle un tournant 
dans l’approche de Basil Alkazzi, dans la mesure où l’imagination 
ésotérique des quelques années précédentes a ouvert la voie à un retour 
aux formes solides de la nature, mais sans sacrifier de « l’extase 
transcendantale » inscrite dans ses plus abstraits « Rites of Spring ». 
L’imagerie énigmatique de cette série peinte en 1999 et 2000 a été 
transformée en des formes organiques plus évidentes, toutes aussi 
intenses au plan spirituel et, à certains moments, aussi personnelles dans 
leur symbolisme. Parmi les plus puissantes de ces œuvres, figure des 
séries explorant les différents moments de la journée (Dusk, Twilight et 
Sunset en 2002 et 2003, toutes aussi riches dans leur iconographie 
personnelle que les premières œuvres), les saisons (Blossoming Spring 
en 2003, d’emblée passionné et lyrique) et plusieurs paysages classiques 
de la même année. Pour le moment, les éléments essentiels de composition
 qui revenaient sans cesse dans la plupart des premiers travaux de l’artiste 
sont absents, et il  se penche sur le monde terrestre avec une sorte de 
nostalgie frissonnante.

Iris in the Forbidden City Iris & The Grasshopper That Flew Away



« Je regardais vers l’intérieur et vers le divin pour l’inspiration et l’
expression », a écrit l’artiste, « mais depuis que je me suis installé à 
Monaco, dans le Sud de la France, mes voix intérieures ont modifié ma 
vision créatrice et l’ont orientée vers le paradis sur terre … » Plus concret, 
plus centré sur la réalité et peut-être, de ce fait, plus enthousiaste, son 
travail ces dernières années est redescendu sur terre sur le plan thématique
 mais sur le plan émotionnel s’est envolé dans la stratosphère. L’influence 
de son environnement méditerranéen est perceptible dans la chaleur  et la 
vibration de sa représentation, dans l’équilibre et la sérénité de son ton 
personnel, et, ces dernières années, dans le choix de ses sujets : le lys exploré 
dans toutes les formes et les couleurs étonnantes de ce genre aristocratique 
pendant les années 2004 et 2005; l’iris somptueux en 2006 et 2007. Ces 
joyaux naturels ont été un matériau pour les artistes pendant des siècles, mais 
chacun apporte à la perception qu’il en a sa propre sensibilité. Les riches 
couleurs des floralies de Basil Alkazzi sont chromatiquement exactes, mais 
elles possèdent une clarté et une vibrance qui leur confère une dimension 
introuvable dans la moindre illustration horticole. Les formes sont organiques,
 solides et maîtrisées, mais c’est le jeu des nuances qui crée, en-dehors et au-delà 
la réalité littérale qu’elles dépeignent, le paysage coloré et vital. En partageant 
la réponse de Basil Alkazzi à son sujet, nous ne perdons jamais de vue le fait 
que nous voyons quelque chose de plus qu’une forme terrestre; nous voyons, 
s’exprimant dans son langage esthétique exceptionnellement personnel, l’esprit 
de l’artiste.
Si l’interprétation de ces tableaux est parfois exigeante, elle est également 
grisante. L’imagerie semble personnelle, mais sans jamais manquer de cette 
pertinence universelle qui transcende le particulier, et, en cela, elle exige du 
spectateur de fournir cette part ultime d’investissement personnel nécessaire 
à une expérience artistique complète. C’est l’un des aspects les plus passionnants 
de la peinture de Basil Alkazzi qu’il nous reconnaît la perception et la maturité 
spirituelle pour le faire. Son message n’est pas toujours clairement énoncé; 
nous sommes dans l’obligation de participer à l’acte créateur. Mais l’oeuvre 
n’est pas hermétique. Quoique travaillant à partir d’une vision personnelle, 
plus que seulement accessible, son art est une récompense généreuse offerte 
à ceux qui sont ouverts, sur les plans émotionnels et esthétiques, à l’expérience
 qui s’y offre. Basil Alkazzi est particulièrement en phase avec sa propre 
intériorité et sa propre vision du monde; s’il n’exige pas de l’observateur qu’il 
partage cette vision - et il n’y a rien de véhément dans le ton de ces œuvres 
d’une indépendance magistrale - l’artiste oblige à une réaction émotionnelle 
et intellectuelle, grâce à l’intégrité artistique et passionnée de son œuvre ainsi 
qu’à la profondeur de la sensibilité qui la nourrit.
 
NOTES:
          
1 George S. Whittet, Mystic Dreamscapes: The Art of Basil Alkazzi 
      (Brooklyn, Conn.: NECCA1988).

2 Basil Alkazzi, Portrait: Strangers No Longer Strangers, Now Acquaintances, 
      Friends, Lovers... (Brooklyn, Conn.: NECCA1989)

3 Max Wykes-Joyce, Basil Alkazzi-New Seasons... (Jersey, CI: Izumi Art 
      Publications Ltd. 1993)

4 Ralph Waldo Emerson, Nature, Adresses, and Lectures (Cambridge,
      Mass.: Harvard University Press 1979) p.13

5 Donald Kuspit, Basil Alkazzi-The Rites of Spring (Jersey, CI: Izumi Art 
      Publications Ltd. 2000)

6 Donald Kuspit, Basil Alkazzi-New Horizons (Jersey, CI: Izumi Art 
      Publications Ltd. 1998)

7 Ibid

Traducteur:  Eric PAUL, Nice, France (ericlaupaul@yahoo.fr)



DENNIS WEPMAN
A graduate of Columbia University, New York, was Editor of 
Contemporary Graphic Artists; Senior Editor, Manhattan Arts; 
Cultural Affairs Editor, New York Dailey News; and Managing
Editor, Artis Spectrum. His articles have appeared in many 
periodicals, including; The Art Collector, Fine Art, Arte al Dia 
International, Manhattan Arts, New York Daily News,New York 
Daily News Magazine, amongst many others. He is now the Art 
Curator of the Karpeles Museumin Newburg, NY.